Niveaux de preuve LDDF, sourcer, qualifier, croiser et conclure
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Niveaux de preuve LDDF

Une preuve n’existe pas dans l’absolu : elle répond à une question. Un document peut établir qu’une décision a été prise, un registre peut estimer une fréquence, une étude peut tester une association et un ensemble convergent peut renforcer une conclusion causale. La grille LDDF qualifie donc chaque élément avant d’évaluer la solidité de l’ensemble.

Principe directeur LDDFLe niveau attribué ne dépend ni du prestige de l’auteur ni du caractère officiel de la source. Il dépend de l’adéquation entre la question, la donnée, la méthode, la traçabilité, l’indépendance des confirmations et les limites reconnues. Toute conclusion reste proportionnée à ce que les preuves permettent réellement d’affirmer.
Avant le classement

Nommer la question de preuve

Existence

Le document, l’événement, la décision ou la déclaration existe-t-il réellement ?

Fréquence

À quelle fréquence un phénomène survient-il dans une population définie ?

Causalité

Le facteur étudié a-t-il contribué à produire l’effet observé ?

Effet d’une action

Une intervention modifie-t-elle un résultat pertinent, pour qui et dans quelles conditions ?

Échelle documentaire LDDF

Six niveaux, de l’allégation à la convergence robuste

Cette échelle décrit la force documentaire disponible pour une affirmation précise. Elle ne remplace pas les outils spécialisés d’évaluation des études, du risque de biais ou de la certitude d’un effet.

LDDF 0Allégation non vérifiée

Affirmation sans source accessible, source introuvable ou contenu impossible à contrôler.

Formulation : « affirmation rapportée, non vérifiée ».
LDDF 1Indice traçable

Témoignage identifié, capture datée, citation localisable ou document secondaire donnant une piste vérifiable.

Formulation : « indice documenté ».
LDDF 2Source directe

Document primaire, enregistrement original, décision, registre ou données de première main dont la provenance est établie.

Formulation : « établi par une source directe ».
LDDF 3Convergence indépendante

Plusieurs sources réellement indépendantes, compatibles et traçables confirment le même fait ou résultat.

Formulation : « corroboré par plusieurs sources ».
LDDF 4Analyse robuste

Méthode adaptée à la question, données suffisamment complètes, biais examinés, résultat reproductible ou réanalysable.

Formulation : « fortement étayé dans le cadre étudié ».
LDDF 5Synthèse convergente

Résultats cohérents issus de méthodes complémentaires, réplications ou synthèses rigoureuses, sans contradiction majeure inexpliquée.

Formulation : « niveau de confiance élevé, sous les limites indiquées ».
Aucune source n’est universelle

Ce qu’une source peut — et ne peut pas — établir

SourcePeut solidement établirNe suffit pas seule à établirContrôle essentiel
TémoignageUne expérience, une perception, une chronologie rapportée.La fréquence nationale ou une causalité générale.Identité, date, cohérence interne, pièces et indépendance.
Document officielLa position, la décision ou les données publiées par l’institution.L’exactitude scientifique de toutes ses conclusions.Version, compétence, méthode, annexes et conflits d’intérêts.
Dossier cliniqueLes observations, examens, actes et diagnostics consignés.Une causalité certaine sans analyse différentielle.Chronologie, complétude, état antérieur et données originales.
SignalementQu’un événement suspecté a été déclaré.Que le produit a causé l’événement ou que le cas est unique.Doublons, qualité du cas, exposition et suivi.
Étude observationnelleUne association dans un cadre et une population définis.Une causalité sans examen des biais et facteurs de confusion.Protocole, sélection, comparateur, ajustement et précision.
Essai comparatifL’effet estimé d’une intervention dans les conditions étudiées.Tous les effets rares, tardifs ou dans toutes les populations.Randomisation, aveugle, attrition, mesure et publication.
Revue systématiqueLa synthèse explicite des études répondant à une question définie.Une certitude supérieure à la qualité des études incluses.Recherche, sélection, biais, hétérogénéité et actualité.
Huit dimensions

Qualifier chaque élément de preuve

TraçabilitéOrigine, auteur, date, version, intégrité et chaîne de conservation.
ProximitéDistance entre la source et le fait qu’elle prétend documenter.
AdéquationCorrespondance entre la méthode et la question posée.
IndépendanceSources distinctes ou répétition d’un même contenu initial ?
Risque de biaisSélection, mesure, confusion, attrition, analyse et publication.
PrécisionTaille, variabilité, intervalle d’incertitude et stabilité.
CohérenceCompatibilité des résultats entre méthodes, lieux et périodes.
TransparenceDonnées, protocole, financement, intérêts et corrections accessibles.
RéplicabilitéRésultat reproduit, réanalysé ou confirmé avec des données distinctes.
Certitude de la conclusion

Un niveau documentaire n’est pas une recommandation

Très faibleLes éléments disponibles laissent une incertitude majeure ; la conclusion peut changer profondément.
FaibleUne conclusion provisoire est possible, mais des limites importantes demeurent.
ModéréeLe résultat paraît robuste, tout en laissant une possibilité réelle de révision.
ÉlevéeLa conclusion est solidement soutenue pour la question et le cadre définis.

La certitude concerne un résultat précis. La force d’une recommandation ajoute d’autres considérations : bénéfices et risques, valeurs, faisabilité, équité, ressources et acceptabilité. LDDF les présente séparément.

Causalité

Une chronologie compatible est nécessaire, rarement suffisante

Éléments qui renforcent

  • Temporalité compatible et exposition documentée.
  • Association reproductible dans plusieurs sources indépendantes.
  • Relation dose-effet ou gradient cohérent lorsque pertinent.
  • Mécanisme plausible soutenu par des observations.
  • Réduction après retrait ou résultat expérimental compatible.
  • Explications concurrentes examinées et insuffisantes.

Éléments qui fragilisent

  • Chronologie incertaine ou antériorité du phénomène.
  • Biais de sélection, mesure ou notification non contrôlé.
  • Facteur de confusion majeur non pris en compte.
  • Résultats instables, imprécis ou non répliqués.
  • Multiples analyses sans correction ni protocole préalable.
  • Contradictions substantielles écartées sans analyse.
Contradictions

Ne pas voter entre les sources

Trois articles reprenant la même base ne constituent pas trois confirmations. Inversement, une divergence n’annule pas automatiquement tous les résultats : elle doit être expliquée par les populations, méthodes, périodes, doses, définitions, conflits d’intérêts ou aléas statistiques.

Cartographier la dépendance

  • Identifier la source initiale commune.
  • Repérer les données, auteurs ou financements partagés.
  • Distinguer réplication, réanalyse et simple commentaire.
  • Éviter de compter plusieurs fois le même cas ou jeu de données.

Résoudre la divergence

  • Comparer les questions et critères d’inclusion.
  • Examiner la qualité et la précision de chaque résultat.
  • Tester les sous-groupes et hypothèses annoncés à l’avance.
  • Conserver la contradiction si elle reste inexpliquée.
Langage contrôlé

Écrire à la hauteur de la preuve

FormulationUsage appropriéÀ éviter
« rapporte »Déclaration ou témoignage attribué, sans validation indépendante complète.Transformer le récit en fait général.
« documente »Source identifiable établissant un élément précis.Étendre la portée au-delà du document.
« est associé à »Relation statistique observée sans causalité démontrée.Employer « cause » ou « provoque ».
« est compatible avec »Résultat cohérent avec une hypothèse parmi plusieurs.Présenter l’hypothèse comme exclusive.
« suggère »Faisceau limité, imprécis ou exploratoire.Masquer la faiblesse derrière une certitude rhétorique.
« étaye fortement »Convergence indépendante, méthode robuste et limites examinées.Employer « prouve définitivement ».
« ne permet pas de conclure »Données absentes, contradictoires ou insuffisantes.Confondre absence de preuve et preuve d’absence.
Fiche LDDF

Documenter chaque conclusion

Écrire l’affirmation exacte, sans ambiguïté ni généralisation implicite.
Définir la question : existence, fréquence, diagnostic, causalité, effet ou droit.
Lister les sources primaires et leur chaîne de provenance.
Évaluer adéquation, proximité, indépendance et risque de biais.
Repérer les données manquantes, contradictions et explications alternatives.
Attribuer un niveau LDDF à l’affirmation, non au document dans son ensemble.
Qualifier séparément la certitude et la portée de la conclusion.
Employer le verbe correspondant au niveau réellement atteint.
Noter la date de l’évaluation et les conditions de révision.
Conserver une section visible consacrée aux limites et désaccords.
Garde-fous

Ce que la grille LDDF ne doit jamais devenir

Mauvais usages

  • Une note automatique remplaçant la lecture critique.
  • Un label définitif attribué à un auteur ou une institution.
  • Une hiérarchie unique pour toutes les questions.
  • Un moyen d’effacer les données contraires.
  • Une apparence de précision sans justification publique.

Usage attendu

  • Une trace explicite du raisonnement documentaire.
  • Une conclusion révisable lorsque de nouvelles preuves apparaissent.
  • Une séparation entre faits, analyses et opinions.
  • Une méthode commune aux dossiers pays.
  • Un accès direct aux sources et aux limites.
Documentation méthodologique

Sources de référence

  1. GRADE Working Group — GRADE HandbookÉvaluation de la certitude des preuves et distinction entre preuves et recommandations.
  2. GRADE Working Group — GRADE BookCadre actualisé pour la certitude, les résultats et le passage des preuves à la décision.
  3. Cochrane — Handbook for Systematic Reviews of InterventionsRecherche, sélection, extraction, risque de biais, synthèse, GRADE et interprétation.
  4. Oxford CEBM — Levels of EvidenceNiveaux adaptés à différents types de questions cliniques.
  5. Oxford CEBM — Outils de lecture critiqueGrilles pour examiner la validité, les résultats et l’applicabilité.
  6. OMS — Handbook for Guideline DevelopmentStandards de développement de recommandations fondées sur les preuves.
  7. EQUATOR Network — Reporting GuidelinesRéférentiel des lignes directrices de rédaction et de transparence selon le type d’étude.
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