Avant l'invasion de l'Ukraine en février 2022, McKinsey & Company travaillait avec 21 des 30 plus grandes entreprises russes, dont plusieurs entités étroitement liées au Kremlin.
McKinsey a fourni des services de conseil à Sberbank, VTB Bank, Gazprom et Rosneft — quatre entités étroitement liées au Kremlin. La valeur et la durée exactes de ces contrats n'ont pas été rendues publiques.
Rostec est le conglomérat de défense qui domine le secteur militaire russe : ses centaines de filiales fabriquent les moteurs des missiles de croisière russes, des hélicoptères d'attaque militaires et des jumelles de vision nocturne. Rostec est dirigé par Sergueï Tchemezov, un ancien collègue du KGB de Vladimir Poutine en Allemagne de l'Est. Selon des médias russes cités par NBC News, les liens de McKinsey avec Rostec remontent à 2010 au moins.
Selon une enquête de NBC News, McKinsey & Company fournissait des services de conseil à Rostec au même moment où elle conseillait le Département de la Défense des États-Unis (DoD). Un porte-parole de McKinsey a rejeté les accusations de conflit d'intérêts, citant des « pare-feux » internes : « Lorsque nous servons le gouvernement américain, nous le faisons via une entité juridique distincte, avec des structures opérationnelles et des systèmes informatiques séparés. »
D'après le New Republic (décembre 2024), des documents internes ultérieurement révélés confirment que la liste de clients russes de McKinsey incluait également VTB Bank et d'autres entités « soutenant la machine de guerre de Moscou ». L'article élargit le constat à une liste plus longue de régimes autoritaires clients de la firme (Émirats arabes unis, Qatar, Koweït, Angola, Égypte, Guinée équatoriale), sans lien spécifique établi avec Nord Stream.
McKinsey n'est pas seule dans ce rôle : la firme a aussi été critiquée pour avoir conseillé au moins 43 des 100 plus grands pollueurs industriels mondiaux sur les cinquante dernières années, dont Gazprom, BP, ExxonMobil et Saudi Aramco — selon une enquête du New York Times relayée par Consulting.us.
Le 26 septembre 2022, une série d'explosions sous-marines a endommagé trois des quatre lignes des gazoducs Nord Stream 1 et 2 en mer Baltique, qui relient la Russie à l'Allemagne. C'est un fait établi : il s'agissait d'un acte de sabotage délibéré. Ce qui reste contesté, près de quatre ans après les faits, c'est la responsabilité.
Le narratif d'un commando ukrainien est aujourd'hui le plus documenté médiatiquement (WSJ, Spiegel, mandats d'arrêt allemands), mais aucune juridiction n'a rendu de verdict définitif. L'enquête allemande reste ouverte. Un livre récent du journaliste du WSJ Bojan Pancevski ("The Nord Stream Conspiracy", 2026) avance de nouveaux éléments non encore vérifiés de façon indépendante.
Le Droit des Faits a recherché spécifiquement une connexion entre McKinsey & Company et le sabotage des pipelines Nord Stream. Aucune source — journalistique, judiciaire ou institutionnelle — ne relie la firme aux explosions elles-mêmes. Les enquêtes allemande, danoise et suédoise, les révélations du Spiegel et du WSJ, et les mandats d'arrêt allemands ne mentionnent McKinsey à aucun moment.
Ce que ce dossier établit, c'est un fait structurel distinct et réel : McKinsey occupait simultanément une position de conseil auprès du Pentagone et auprès de Rostec, l'un des piliers du complexe militaro-industriel russe. C'est un conflit d'intérêts documenté par une enquête journalistique sérieuse (NBC News). Ce n'est pas une preuve d'implication dans un acte de sabotage commis par d'autres acteurs, selon les enquêtes officielles actuelles.
Relier ces deux faits sans source reviendrait à fabriquer une connexion que la documentation ne soutient pas — l'inverse de la posture que Le Droit des Faits défend dans l'ensemble de ses dossiers. Le conflit d'intérêts McKinsey-Rostec-Pentagone est suffisamment grave pour être documenté pour lui-même, sans avoir besoin d'être rattaché à Nord Stream.
Environ une semaine après l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022, McKinsey annonce qu'elle ne prendra plus de nouveaux clients en Russie et retire une partie de son personnel, l'envoyant notamment vers le Kazakhstan. Les cabinets concurrents Bain et BCG annoncent des mesures similaires.
BCG a précisé que ses bureaux de Moscou resteraient ouverts afin d'honorer ses obligations contractuelles existantes. La position exacte de McKinsey sur ses contrats russes en cours au moment de l'invasion n'est pas entièrement détaillée dans les sources publiques.
Ce dossier complète la cartographie LDDF du modèle d'affaires de McKinsey & Company : la même firme qui a conseillé simultanément la FDA et les fabricants d'opioïdes (dossier dédié), qui a conseillé simultanément les gouvernements et Pfizer/BioNTech pendant la pandémie, conseillait aussi simultanément le Pentagone et le conglomérat de défense russe Rostec avant 2022.
Le motif structurel qui traverse ces trois dossiers est identique : une firme de conseil privée, non soumise aux obligations de transparence d'un organisme public, occupant des positions de conseil auprès d'intérêts potentiellement opposés, sans divulgation systématique.
Le rôle de McKinsey auprès de Rostec constitue un conflit d'intérêts réel et documenté avec son rôle de conseil auprès du Pentagone. Ce fait est suffisamment significatif pour être documenté en tant que tel. Il ne constitue en revanche aucune preuve, indice ou élément concernant la responsabilité du sabotage des pipelines Nord Stream — sujet qui reste, à ce jour, du ressort exclusif des enquêtes judiciaires nationales en cours.
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