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Nawaat
Né en 2004 comme blog collectif sous le régime de Ben Ali, Nawaat est devenu un média tunisien trilingue, numérique et imprimé, consacré à l’intérêt public, aux libertés, à la justice, à la transparence et aux voix peu représentées.
D’un espace dissident en ligne à une rédaction multimédia
Nawaat indique avoir été créé en 2004 par Riadh Guerfali, Sofiane Guerfali et Sami Ben Gharbia. À l’origine, le blog collectif permettait à des voix tunisiennes et à la diaspora de publier, d’échanger et de contourner la censure du régime de Zine el-Abidine Ben Ali.
Le collectif a joué un rôle notable dans la collecte, la contextualisation et la circulation de documents, de vidéos et de témoignages avant et pendant la révolution tunisienne de 2010–2011. Ses projets consacrés aux câbles diplomatiques de TuniLeaks et aux événements de Sidi Bouzid ont notamment été distingués par Reporters sans frontières, Index on Censorship et l’Electronic Frontier Foundation en 2011.
Après la révolution, Nawaat s’est structuré en média professionnel tout en revendiquant ses racines militantes et oppositionnelles. Sa mission officielle est de fournir gratuitement un journalisme indépendant, alternatif et d’intérêt public, en privilégiant l’enquête, le terrain, la proximité et une pluralité de sources.
Les pages institutionnelles établissent l’identité, les engagements et les ressources déclarés par Nawaat. Elles ne suffisent pas à valider une publication particulière : chaque enquête doit être examinée à partir de ses documents, de ses sources, de son contradictoire et de ses corrections éventuelles.
Charte et ligne éditoriale
Une indépendance revendiquée sans prétention à la neutralité
La charte de Nawaat se présente comme un document évolutif applicable aux articles, blogs, productions audiovisuelles, podcasts, réseaux sociaux et autres communications publiques. Elle affirme quatre principes éthiques : indépendance, exactitude, libertés et droits, responsabilité.
Le média reconnaît explicitement ses racines militantes. Il affirme ne pas être neutre face aux questions qui affectent les citoyens et vouloir surveiller les pouvoirs, défendre les groupes marginalisés et prendre en considération la parole des victimes. En parallèle, il revendique une méthode fondée sur les preuves, l’attribution, la recherche de perspectives multiples, la transparence des sources et la vérification.
Cette distinction est essentielle : une position éditoriale assumée n’invalide pas automatiquement une enquête, mais elle ne la prouve pas non plus. La valeur documentaire d’un contenu dépend de la qualité des pièces, de la méthode, de la contextualisation et du traitement loyal des faits pertinents.
Formats et innovation
Du blog citoyen au récit multimédia
Le site permet de filtrer les contenus par langue, type, format et thème. Il réunit actualités, analyses, enquêtes, fuites, vérifications, entretiens, chronologies, débats, infographies, images, vidéos et contributions de blogs. Les sujets couvrent notamment politique, droits, économie, société, environnement, médias, culture et affaires internationales.
Le magazine trimestriel, lancé en janvier 2020, donne une forme imprimée aux enquêtes et récits longs. Le programme Innawaation, développé à partir de 2020, associe journalistes, artistes, technicien·nes multimédias et designers. Le festival annuel lancé en 2021 présente les productions de Nawaat au public et crée un espace de rencontre autour du journalisme et de la création.
Cette diversité facilite la conservation des témoignages et la compréhension de dossiers complexes. Elle impose aussi d’identifier clairement le genre de chaque contenu : une contribution de blog, une chronique, une analyse, une enquête et une œuvre artistique n’obéissent pas au même niveau de preuve.
Structure et financement
Des ressources publiées, à lire projet par projet
La page financière de Nawaat recense plusieurs financements institutionnels associés à des périodes et à des projets déterminés. Elle met également à disposition les rapports du commissaire aux comptes de l’Association des journalistes du site Nawaat pour les exercices 2019 à 2022.
Une fondation néerlandaise distincte, Friends of Nawaat, indique soutenir la continuité du média, lever des fonds institutionnels, prendre en charge certains coûts numériques et accompagner la technologie et la stratégie. Elle publie une liste de partenaires et propose aussi un soutien individuel par dons et adhésions Patreon.
La transparence déclarative et la présence d’audits constituent des éléments utiles, mais elles doivent être actualisées. Il convient de distinguer le montant, la devise, la période, le projet financé, les conditions du bailleur et l’autonomie réelle de la rédaction.
Liberté de la presse
Une suspension administrative à replacer dans sa chronologie
Le 31 octobre 2025, les autorités tunisiennes ont ordonné une suspension de trente jours de l’association de journalistes qui exploite Nawaat. Reuters rapporte que cette décision faisait suite à des audits financiers liés aux financements étrangers ; Nawaat, le Syndicat national des journalistes tunisiens et des organisations de défense des libertés l’ont contestée et replacée dans un contexte plus large de pressions sur la presse et la société civile.
Reporters sans frontières a qualifié cette suspension de mesure politique déguisée en décision administrative. Cette appréciation doit rester attribuée à RSF. La durée annoncée était de trente jours : la fiche ne transforme donc pas la suspension d’octobre 2025 en fermeture permanente et recommande de vérifier séparément les suites administratives ou judiciaires.
Le contexte institutionnel n’établit pas la véracité de chaque publication de Nawaat. Il est néanmoins pertinent pour comprendre les conditions de travail de la rédaction, les risques pesant sur ses sources et l’accès du public à une information indépendante.
Contenus à épingler
Sélection documentaire à construire
Cette zone accueillera les productions effectivement examinées par LDDF. Chaque entrée indiquera le titre, l’auteur ou l’autrice, la date, la langue, le genre, le sujet, les pièces citées, les témoignages, les réponses contradictoires, les partenaires, les mises à jour et les éventuelles corrections.
Commencer par identifier la nature du contenu : article de rédaction, contribution de blog, analyse, opinion, enquête, fact-check, entretien, fuite documentaire, vidéo, infographie ou production artistique. Relever la signature, la langue originale, la date de publication, les modifications et les traductions disponibles.
Pour une enquête, distinguer les documents primaires, les observations de terrain, les témoignages directs, les sources anonymes et l’interprétation de la rédaction. Vérifier si les personnes ou institutions mises en cause ont été sollicitées, si leur réponse est reproduite loyalement et si les limites de l’enquête sont explicites.
Pour les archives antérieures à 2011, tenir compte de la censure, de la clandestinité des sources et des difficultés de confirmation. Pour les publications postérieures, comparer le traitement de Nawaat aux textes officiels, décisions de justice, données publiques, médias tunisiens et partenaires internationaux pertinents.
Examiner enfin le financement au niveau du projet concerné et non par simple association générale. La présence d’un bailleur, d’un prix ou d’un partenaire ne prouve ni ne réfute le contenu ; elle éclaire un contexte qui doit être déclaré et confronté à l’autonomie éditoriale effective.
L’intégration de Nawaat reconnaît la valeur historique de ses archives, son rôle dans la circulation de l’information en Tunisie et la richesse de ses formats. Elle ne constitue ni une adhésion à toutes ses positions ni une caution globale de ses publications.
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Ces rapprochements portent uniquement sur un territoire, un format ou un champ éditorial commun. Ils ne supposent ni ligne politique identique, ni équivalence de méthode ou de fiabilité.