Convoqué par le sénateur Rand Paul après la publication de plus de 1 100 pages présentées comme son journal personnel, Anthony Fauci a refusé de répondre à toute question sur la gestion de la pandémie de Covid-19. Son avocat a été expulsé de la salle. La commission envisage désormais une procédure pour outrage au Congrès.
Le 29 juillet 2026, à 8h30, Anthony Fauci, ancien directeur de l'Institut national des allergies et des maladies infectieuses (NIAID) de 1984 à 2022, s'est présenté salle SD-342 du Dirksen Senate Office Building devant la commission sénatoriale Homeland Security & Governmental Affairs. Il y avait été convoqué par citation à comparaître (subpoena) émise par le sénateur Rand Paul (R-Kentucky), président de la commission, après des mois de tractations au cours desquelles Fauci avait d'abord accepté de témoigner avant de se rétracter.
Dès sa déclaration liminaire, Fauci a annoncé qu'il invoquerait son droit au titre du 5ᵉ amendement de la Constitution américaine, protection contre l'auto-incrimination. « Bien que cela me peine de le faire, en raison du respect que j'ai pour le pouvoir législatif et de mon long historique de coopération avec le Congrès, sur les conseils de mes avocats, j'invoque mon droit », a-t-il déclaré. Selon plusieurs médias présents, il a répété cette formule plus de cent fois au cours de l'audience, quelle que soit la question posée.
L'audience intervient quelques jours après que le sénateur Paul a rendu publiques plus de 1 100 pages présentées comme des extraits du journal personnel de Fauci, couvrant la période de décembre 2019 à décembre 2022 — les dernières années de son mandat à la tête du NIAID. Le sénateur a retiré ce document dimanche soir avant de le republier lundi matin avec des passages caviardés, accompagné d'un second document de 465 pages qualifié de « préquelle ». Selon des médias ayant consulté ces pages, elles suggéreraient que Fauci se serait attribué en privé un rôle dans les décisions de confinement tout en le niant publiquement — une allégation que Le Droit des Faits n'a pas pu vérifier de façon indépendante à ce stade, l'authenticité intégrale et le contexte complet de ce journal n'ayant pas fait l'objet d'une confirmation par une source tierce indépendante des deux camps politiques.
Qui : Anthony Fauci, ex-directeur du NIAID ; Sénateur Rand Paul (R-KY), président de la commission Homeland Security & Governmental Affairs.
Quoi : Fauci invoque le 5ᵉ amendement pour refuser de répondre à toute question ; son avocat, David Schertler, est expulsé de la salle par la sécurité sur ordre du président de séance pour avoir tenté de prendre la parole sans y être autorisé.
Conséquence annoncée : le sénateur Paul a indiqué que la commission envisagerait une procédure de mise en accusation pour outrage au Congrès (contempt).
Contexte judiciaire : Fauci a bénéficié d'une grâce présidentielle accordée par Joe Biden avant la fin de son mandat ; les élus républicains soutiennent que ce pardon ne couvrirait pas un éventuel parjure commis lors de cette audience précise.
Le moment le plus commenté de l'audience est survenu lorsque l'avocat de Fauci, David Schertler — dont le cabinet a déjà représenté l'ancien responsable lors de précédentes auditions — a tenté à plusieurs reprises de prendre la parole sans y avoir été autorisé par le président de séance. Le sénateur Paul l'a averti : « Vous n'êtes pas reconnu par la commission. Si vous parlez à nouveau, vous serez retiré de la salle. » Face à la persistance de l'avocat, Paul a ordonné son expulsion par les services de sécurité, précisant que Fauci disposait encore de « la demi-douzaine d'autres avocats » présents à ses côtés. Selon plusieurs comptes rendus, la salle a applaudi au moment de l'expulsion.
Le sénateur Gary Peters (D-Michigan), membre le plus haut placé de l'opposition démocrate au sein de la commission, avait tenté d'utiliser son propre temps de parole pour permettre à l'avocat de s'exprimer — tentative que Paul a également refusée. Le sénateur Richard Blumenthal (D-Connecticut) a pour sa part qualifié l'audience de volet d'une « campagne contre la science » qu'il juge avoir rendu le pays « moins sûr », tout en reconnaissant que des questions scientifiques légitimes sur l'origine de la pandémie méritaient d'être posées — mais pas, selon lui, dans le cadre d'un « procès-spectacle ».
Fauci ayant invoqué le 5ᵉ amendement de façon systématique — plus de 100 fois selon plusieurs comptes rendus, certains évoquant jusqu'à 111 occurrences — il n'existe pas de liste de questions auxquelles il aurait répondu partiellement : le refus a couvert l'intégralité des sujets abordés par les sénateurs pendant près de trois heures. Voici les principaux thèmes sur lesquels il a été interrogé sans y répondre :
Les « souris humanisées » (rongeurs greffés avec des cellules ou tissus humains fonctionnels) constituent une méthode de recherche immunologique établie et documentée dans la littérature scientifique depuis plusieurs décennies, utilisée par de nombreuses équipes universitaires (Pittsburgh, UNC-Chapel Hill, Wyoming) sur des financements provenant de plusieurs instituts du NIH, dont le NIAID dirigé par Fauci. Un exercice de vérification factuelle de PolitiFact (2021) a conclu qu'aucune preuve ne démontrait une implication personnelle et directe de Fauci dans la conception de ces études précises ; le NIAID en était l'un des bailleurs de fonds parmi d'autres instituts du NIH, pas nécessairement le donneur d'ordre. LDDF documente l'existence de cette recherche et son financement fédéral, sans valider les formulations les plus polémiques circulant sur les réseaux sociaux (comparaisons à des « sandwichs », envoi délibéré en Chine), non confirmées par des sources primaires identifiées à ce stade.
Le journal de 1 141 pages ainsi que le second document de 465 pages sont hébergés officiellement sur le site de la commission sénatoriale présidée par Rand Paul, seule source primaire directe identifiée par LDDF à ce jour.
Si l'expulsion de l'avocat a marqué l'ouverture de l'audience, c'est l'échange entre Fauci et le sénateur Bernie Moreno (R-Ohio) qui a généré le plus de reprises médiatiques dans les jours suivants. Moreno a expliqué avoir vendu ses entreprises et s'être présenté au Sénat après un incident survenu en septembre 2020 : l'arrestation d'une femme de l'Ohio pour avoir refusé de porter un masque lors d'un match de football scolaire.
Moreno a fait remettre à Fauci, par un collaborateur, un exemplaire de poche de la Constitution américaine pendant que celui-ci continuait d'invoquer le 5ᵉ amendement, et lui a demandé à plusieurs reprises de se retourner pour faire face aux membres du public présents dans la salle — dont l'animatrice Laura Ingraham — ce que Fauci a refusé de faire, se tournant à la place vers ses avocats. Fauci n'a pas répondu directement à Moreno, sinon en invoquant à nouveau son droit au titre du 5ᵉ amendement.
L'audience du 29 juillet s'inscrit dans un contexte documenté par ailleurs par le groupe de surveillance des dépenses publiques Open The Books, qui a obtenu 141 pages de déclarations financières de Fauci. Selon ce rapport, publié en avril 2025 par le New York Post et corroboré par de multiples autres médias (Washington Examiner, AOL, Heartland Institute), la fortune personnelle de Fauci est passée d'environ 7,6 millions de dollars en janvier 2019 à près de 15 millions de dollars fin 2023 — un doublement survenu en grande partie pendant les années de pandémie et sa première année de retraite.
Salaire : Fauci a été, jusqu'à son départ, l'employé fédéral le mieux rémunéré des États-Unis, avec un salaire de 480 654 $ sur sa dernière année d'activité.
Date de départ effective : les documents montrent que sa séparation officielle du gouvernement date du 6 janvier 2023, plus tardive que ce qu'il avait indiqué lors de témoignages devant le Congrès (fin 2022).
Première année de « retraite » (2023) : plus de 3,5 millions de dollars perçus, dont 1,15 million $ en honoraires de conférences et versements divers, incluant plusieurs paiements à six chiffres (100 000 $ en avril, mai et juin ; 150 000 $ en septembre ; 700 000 $ en novembre).
Contrat d'édition : vente de ses mémoires à une filiale de Penguin Random House pour 5 millions de dollars, en mars 2025 selon Heartland Institute.
Sécurité rapprochée : environ 15 millions de dollars de fonds publics dépensés pour sa protection personnelle par le US Marshals Service entre janvier 2023 et septembre 2024, selon Open The Books et le journaliste Jordan Schachtel — dispositif mis fin par l'administration Trump trois jours après son entrée en fonction en janvier 2025.
Épouse : Christine Grady, cheffe de la bioéthique au NIH, a perçu environ 1,6 million de dollars de rémunération depuis 2015, selon un rapport antérieur d'Open The Books (décembre 2023).
Un rapport antérieur du même organisme (décembre 2023) avait déjà documenté que Fauci avait perçu près d'un million de dollars de prix décernés par des fondations à travers le monde pour son rôle pendant la pandémie, dont 901 400 $ de la Fondation Dan David (Israël), récompensant son action de « défense de la science ». Ce même rapport rappelait un échange antérieur avec le sénateur Roger Marshall (R-Kansas), qui avait interrogé Fauci sur l'absence de publication de ses déclarations financières malgré son statut de fonctionnaire fédéral — échange à l'issue duquel Fauci avait qualifié Marshall de « moron » (« idiot »).
Open The Books est un organisme de surveillance des dépenses publiques à but non lucratif qui publie ses données à partir de documents obtenus par voie légale (déclarations financières, demandes d'accès à l'information). Les montants chiffrés cités dans cette section proviennent de documents primaires (déclarations financières fédérales) et sont corroborés par plusieurs rédactions indépendantes. La croissance de patrimoine documentée résulte, selon les pièces consultées, d'une combinaison de salaire de fin de carrière, de prix décernés par des fondations, d'honoraires de conférences et de revenus d'édition — non d'une source unique. LDDF ne tire de ce constat aucune conclusion sur une éventuelle irrégularité, qui n'est ni alléguée ni démontrée par ces documents ; il s'agit d'un élément de transparence patrimoniale d'un responsable public, à verser au dossier.
À l'issue de l'audience, le sénateur Paul a averti Fauci que la commission « devra examiner quelles mesures appropriées prendre » face à son refus de témoigner après en avoir reçu l'ordre, rappelant qu'il est illégal d'entraver une enquête du Congrès. Une procédure de mise en accusation pour outrage nécessiterait un vote de la commission, puis potentiellement du Sénat dans son ensemble, avant toute transmission à la justice fédérale pour poursuites éventuelles.
Début août 2026, la commission a tenu son vote sur la mise en accusation de Fauci pour outrage au Congrès. À cette occasion, un nouvel échange tendu a opposé Paul et Peters : ce dernier a affirmé que les démocrates de la commission s'étaient vu refuser, pendant dix-huit mois, l'accès à des documents ainsi que la possibilité d'interroger des témoins. Rand Paul a publiquement contesté cette affirmation en séance, assurant qu'aucune demande de ce type n'avait été formulée par les démocrates et que les documents avaient été transmis. Le Droit des Faits n'a pas identifié, à ce stade, de source tierce indépendante permettant de trancher entre ces deux versions contradictoires.
Le Droit des Faits a construit des fiches dédiées aux trois sénateurs les plus directement engagés dans cette audience, avec leurs sources primaires respectives : Rand Paul, président de la commission et à l'origine de la citation à comparaître ; Bernie Moreno, auteur de la confrontation la plus reprise médiatiquement ; et Gary Peters, membre de rang démocrate ayant contesté la légitimité et l'équité de la procédure.
Le Droit des Faits documente cette audience à partir de sources primaires et de comptes rendus de presse américaine de sensibilités éditoriales diverses (Axios, NPR, Fox News, The Hill, PBS, CNN, NBC News). Conformément à notre principe Signal ≠ Causalité, nous rapportons les faits établis — l'invocation du 5ᵉ amendement, l'expulsion de l'avocat, la confrontation avec le sénateur Moreno, l'existence du journal publié par le sénateur Paul — sans valider à ce stade l'authenticité intégrale ni l'interprétation politique donnée à ce dernier document, qui n'a pas fait l'objet d'une vérification indépendante des deux bords.
Le contenu précis attribué au « journal » de Fauci provient d'une publication unilatérale par un sénateur engagé dans un conflit de longue date avec l'intéressé sur l'origine de la Covid-19. Sa republication avec caviardages, après un retrait temporaire, invite à la prudence sur l'intégrité et le contexte complet du document avant toute conclusion définitive.